FSBK Le Mans : Mémoires de nos pairs

Après une entame de saison marquée par la tragique disparition d’Anthony Delhalle, c’est le cœur serré que nous avons pris la route en direction des terres du pilote Manceau disparu quelques jours plus tôt. Malgré une atmosphère rendue pesante par ce drame, c’est gonflée à bloc d’une furieuse envie de bien faire que l’équipe du TTS a pris place dans ses quartiers du Circuit Bugatti le jeudi après-midi.

Le bilan de nos essais hivernaux a été très positif et nous rassure sur notre potentiel, la moto de Superbike 2017 est superbe et notre set-up est sain et performant. Pépito et la bande de mécanos TTS ont concocté une machine préparée aux petits oignons, et notre bon Pépigros HBR a sorti de son chapeau des nouvelles évolutions pour la fourche, reste maintenant à travailler intelligemment et à tourner la poignée dans le bon sens !

Une ZX10R à l'image de son équipe : Magnifique !

Une ZX10R à l’image de son équipe : Magnifique !

Vendredi matin : « Cool, c’est encore mouillé par terre ! » Force est de constater à cet instant que le nouveau revêtement du Circuit Bugatti est incroyablement long à sécher. En effet, la dernière averse date de la veille au soir et à 11h30 pour la première séance de Superbike la piste est toujours trempée ! Faut dire qu’il fait vraiment pas chaud aussi, une belle occasion pour les Toulousains bougons que nous sommes de nous plaindre à qui veut nous entendre : « Ah Le Mans fin Mars, quelle idée ! »… « A Toulouse y fait toujours beau, 25° toute l’année »… « La dernière fois qu’il a plu chez nous c’était en 2012″…

En tous les cas, les pneus pluie sont montés sur la moto et cet état de fait a pour effet immédiat de scotcher un grand sourire sur le visage de PonPon. En piste, le traction control de la Kawasaki numéro 17 crépite à n’en plus pouvoir et nous terminons la séance à la 7e position Scratch et 2e Challenger en 1’54’1. Belle entrée en matière.

Entre les deux séances, nous en profitons pour apporter quelques ajustements à la moto. Jean-François de chez Tournay Distribution vient peaufiner le paramétrage de l’acquisition de données Starlane qu’il nous a fourni et nous apportons quelques modifications à la cartographie moteur avec Thierry Studnia de chez Kawasaki France.

Vendredi après-midi, la piste à séché et nous entrons dans le vif du sujet. La piste est encore très froide et Pépito fait partir la moto en SC2 afin de travailler sur les usures de pneus en vue de la course. La piste est très piégeuse en début de séance, des traces humides persistent sur la trajectoire et PonPon n’est franchement pas à l’aise : il navigue dans les profondeurs du classement provisoire de la séance. A sa rentrée, il n’en mène pas large : véritablement tétanisé par la peur de se faire piéger sur les traces d’humidité. Couardise ou réelle prise de conscience pour la régularité de pilotage ? Le Team Manager Pépito administre alors au pilote quelques paroles posées malgré le tumulte de la voie des stands : « Calmes toi, bois un coup et tu repars. Si tu le sens pas ou que ça va pas, ne force pas on s’en fiche du chrono aujourd’hui. Il ne faut surtout pas risquer la chute maintenant, travaille pour préparer la course et débrouille toi pour nous faire remonter des infos que l’on puisse avancer sur la mise au point. » Histoire de parachever le travail de psychologie motocycliste, Pépigros monte un flan à PonPon comme quoi les pressions de pneus étaient pas bonnes et que c’est pour ça que ça allait pas sur le séchant. L’effet est là, dès son premier tour lancé, la 17 ré-intègre le Top-10 avec un chrono en 1’41… Sont cons ces pilotes !

Au final et après un run de 6 tours régulier en 1’41, nous prenons la 12e place Scratch et 2e Challenger en 1’41’1 juste derrière la machine du SRC pilotée par Morgan Berchet. PonPon se plaint un peu du manque de vivacité de la moto, et nous analysons finement les acquisitions de données de la séance avec Pépiprof. Le soir, nous procédons à quelques ajustements sur l’assiette de la moto en vue des qualifications, et hop ! Apéro !

Les filles à l’intendance Pépithunes, Pépigrosse et Pépina en profitent pour nous régaler de leurs bons petits plats, ce soir là c’est lasagnes maison et gâteau au yaourt ! La juste récompense pour les efforts de l’équipe !

Samedi matin, c’est l’heure de la qualif’ ! Pépito procède à une mise en condition mentale du pilote poussée afin de nous débarrasser de nos points faibles quand vient l’heure de péter un chrono : faut pousser fort, dur, à fond et vite ! Le peu d’étiquettes disponibles en catégorie Challenger ne nous permet de ne passer qu’un pneu et il faut partir avec directement. Pas question alors de passer 15 tours à se mettre dans le rythme pour ensuite être dans l’incapacité d’améliorer la pendule faute à un pneu déjà trop usé. Vu les faibles températures au sol, nous repartons avec un SC2 pour assurer le coup.

Et ça marche : premier tour lancé en gros 1’40, troisième tour en 1’39’9 et quatrième tour en 1’39’7. C’est fait, la moto rentre au stand et nous sommes virtuellement 9e Scratch et 1er Challenger ! On ajuste les pressions et on fait un débriefing rapide, les modifications de la veille ont porté leurs fruits : la moto est plus vive et surtout elle tourne mieux. Nous repartons faire un dernier run avant la fin de séance, le chrono ne s’améliore pas mais nous sommes réguliers en gros 1’39… De très bonne augure pour la course, d’autant qu’après 13 tours couverts le pneu arrière revient très peu usé. Nos adversaires en profitent quand même pour améliorer et nous terminons cette séance à la 12e place Scratch et 2e Challenger, pas mal du tout !

Pour la séance de l’après midi, un objectif : faire au moins aussi bien que le matin ! Mais une question se pose : qu’est-ce qu’on met comme pneu ? « Un rond et noir ! » – « Ta gu…. » Le soleil est sorti, la séance est à 16h30 et la température au sol grimpe en flèche. Nous allons chez Pirelli pour cerner les options, le Sc0 ne passe pas il fait trop froid. Le SC1 serait limite mais ça pourrait le faire, et le SC2 passerait sans problème mais avoue vite ses limites quand il s’agit de gagner les derniers dixièmes de seconde. L’alternative serait alors le 0375, qui serait pile poil dans sa fenêtre idéale de fonctionnement mais qui est assez capricieux. Après concertation avec les mécanos, on décide de tenter le coup avec le 0375, bien utilisé il devrait coller et pourrait même être passé en course.

Les consignes sont données : attaque maximale, selon les mots de Pépito. « Si tu la torpille, on la remontera cette nuit. Il jouer la carte à fond et pousser au maximum d’entrée. » Et pendant que nous nous préparons, un invité non désiré fait son entrée 20 minutes avant la séance : le vent. Un bon vent d’Ouest pas excessivement fort, mais froid. PonPon sort en début de séance couteau entre les dents, et claque dès son second tour un 1’39’6 puis rentre seulement deux boucles plus tard, le pneu arrière est détruit. Nous essayons de dégonfler un peu pour retrouver un peu de grip et si possible refaire le pneu mais rien n’y fera ! Le 0375 n’est pas passé, la faute à une piste qui a perdu quasiment 15° à cause du vent. Nous regardons le fin de séance dépités, nos adversaires profitent des bonnes conditions de piste pour améliorer et nous sommes repoussés en 19e position Scratch et 6e Challenger. Pas grave, nous sommes confiant quant à notre rythme de course. Reste à bien choisir les pneus !

Dimanche, jour de course ! Nous sommes tout hyper impatients d’en découdre d’autant que plusieurs de nos partenaires ont fait le déplacement jusqu’au Mans pour venir nous voir. Pour les pneus on assure le coup, la piste est toujours froide ce sera donc un bon vieux SC2 ! Nous savons que nous avons les capacités d’être vite sur toute la durée de la course, il faudra prendre un bon départ pour partir directement dans le bon wagon. Pépiprof administre à PonPon quelques conseils de pilotage et de stratégie pour la course à venir, direction la grille ! 

Départ canon ! La Kawasaki 17 vire en 7e position au premier virage avant de se faire reprendre par Ginès et Millet dans le premier tour. Au premier passage sur la ligne nous sommes 9e Scratch et 1er Challenger, PonPon mène un sacré groupe de furieux. Nous tenons notre place pendant les 4 premiers tours, mais avec notre choix de pneu dur nous ne sommes pas aussi rapides que nos concurrents en début de course. A l’entame du 5e tour, nous perdons 3 places au profit de Masson, Bonnot et Berchet. PonPon temporise quelques tours derrière Berchet avant de repasser ce dernier au tour 8 et de prendre son rythme en petit 1’39. Il claque au passage son meilleur tour du week-end en 1’39’0. Nous sommes stabilisés en 10e position Scratch et 2e Challenger, Maxime Bonnot est à la première place Challenger juste devant nous et à profité de la bagarre entre PonPon et Berchet pour prendre une bonne marge d’avance.

Au fil de la course, notre stratégie s’avère payante : alors que nos adversaires ralentissent au gré de l’usure prématurée de leurs pneus, nous maintenons un rythme d’enfer ! Pointée à plus de deux secondes de la BMW de Bonnot à trois tours de la fin, la Kawasaki TTS n’est plus qu’à 8 dixièmes de seconde à l’entame du dernier tour ! PonPon maintient le rythme et porte l’estocade au Garage Vert dans le dernier tour, nous franchissons la ligne d’arrivée en vainqueurs de la catégorie Challenger et 9e du Scratch ! Première sortie, première victoire pour la ZX10R 2017. Nous ne pouvions espérer mieux.

Au parc fermé, on crie, on saute, on danse…  Nous avons même les honneurs de la caméra pendant quelques secondes lors desquelles Pépigros et PonPon se foirent complètement en essayant de faire un « high-five sauté »… TTS style, c’est toujours nous les plus bruyants. Pépina et Pépithunes, qui ont panneauté la course, versent même une petite larme !

Anecdote amusante : Virginie (Pépithunes) et Lisa (Pépina) depuis l’accident de l’année dernière à Magny-Cours et la violente percussion entre PonPon et Grégory Leblanc sur la ligne d’arrivée, ne veulent plus voir les arrivées de course. Elles ne se sont donc rendues compte de notre victoire que lors du podium, quand Virgine à demandé : « mais pourquoi il monte sur la première marche ? » Je vous laisse imaginer la réaction de la dernière citée quand elle a réalisé… Surtout elle, qui est connue pour tout sauf sa stoïcité !

Après le podium et un rapide débriefing, nous sommes tous retournés à l’hospitality afin de manger les pâtes de la victoire, puis boire le café de la victoire, et faire la sieste de la victoire. Pépigrosse a même fait la vaisselle de la victoire… C’est dire !

L’après-midi, nous nous reconcentrons, les mécanos préparent la moto pour la seconde course et nous commençons à établir une nouvelle stratégie. Et mille fois hélas, tout bascule en un instant. La course des Supersport est arrêtée au drapeau rouge suite à une chute collective. La neutralisation s’éternise et ne laisse présager rien de bon. Quelques minutes après, le décès d’Adrien Protat est annoncé et la direction de course décide de l’annulation de toutes les courses de l’après midi. 

C’est la douche froide, seulement quinze jours après Anthony Delhalle. L’ambiance sur le paddock est immensément lourde, on ne sait que dire, que faire, que penser… Adrien était un copain avec qui nous avions déjà croisé le fer en 2014 sur des manches de Superbike. C’était un jeune homme jovial, sympathique, souriant et surtout un super pilote qui semblait avoir enfin tout réuni en cette année 2017 pour performer à la hauteur de son talent.

Ce nouveau drame nous laisse un arrière goût horriblement amer après un fantastique week-end. Nos pensées et notre soutien vont aux proches d’Adrien et surtout à Frédéric, son papa. Le fait qu’Adrien ne sera plus jamais là est très dur à admettre, mais il en sera malheureusement ainsi. La passion qui nous anime encore et toujours nous poussera à continuer de se battre, à la mémoire d’Adrien et d’Anthony.

L’ensemble de l’équipe du TTS remercie tous ses partenaires, sponsors et bienfaiteurs qui nous permettent de défendre nos chances cette année encore. Prochaine étape du Superbike à la maison pour nous, sur le circuit de Nogaro les 5, 6 et 7 Mai ! Nous espérons vous retrouver nombreux dans le Gers pour soutenir à fond le Team Thomas Superpole !

A la mémoire d’Anthony Delhalle et d’Adrien Protat.

One thought on “FSBK Le Mans : Mémoires de nos pairs

  1. Joli compte-rendu de la première course de l’année 2017, avec une Victoire. La victoire est belle e méritée, mais la tristesse de la disparition d’Adrien Protat laisse un goût amer et relativise le succès. Show must go one….

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *